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par Odile Garlin-Ferrard
Le samedi 23 mars, à lappel de la Confédération internationale italienne du Travail (CGIL), des centaines de milliers de personnes ont manifesté samedi 23 mars à Rome contre la politique sociale du gouvernement Berlusconi et contre le terrorisme, en hommage à Marco Biagi, conseiller du ministre chargé des affaires sociales et économiste respecté, dont lassassinat a été revendiqué par les « Brigades rouges pour la construction dun Parti Communiste combattant » (BR PCC).
QUOI DE NEUF AUTOUR DU SALON DU LIVRE ?
Après son inauguration fracassante jeudi dernier (voir article n°II), le Salon du livre se poursuit avec ses débats et ses auteurs, le plus souvent très critiques à légard de lItalie de Berlusconi. Catherine Tasca a exprimé «sa très vive désapprobation de la manifestation qui a empêché linauguration du pavillon italien». Le quai dOrsay, à son tour a «regretté les désordres» et assuré que «la France demeure très attachée au développement des relations culturelles avec lItalie». Le gouvernement italien a estimé que ces messages nétaient toutefois pas suffisants.
Le quotidien italien «LUnità» et léditeur Arcana ayant publié un recueil de textes dintellectuels à loccasion du salon du Livre, «Le Monde» a voulu sassocier à cette initiative en publiant à son tour dans son numéro daté du Dimanche24 -Lundi 25 mars, une partie de ces interventions dintellectuels italiens «entrés dans la résistance contre Berlusconi» regroupée en un supplément de huit pages ponctué de photos tirés de films italiens et dextraits du livre dentretiens de Fabio Gambaro avec de grands auteurs italiens (LItalie par ses écrivains) et intitulé LItalie du refus.
On y trouve ainsi en première page une interview du cinéaste Nanni Moretti qui a été le premier à lancer Piazza Navona à Rome, un plaidoyer pour une «oi égale pour tous» («Le Monde» du 14 Février) suivie de textes de:
- Beppe Sebaste, écrivain et Stefania Scateni, responsable des pages culturelles du quotidien «lUnità», qui exposent certaines des bonnes raisons de sopposer «au nouveau totalitarisme qui gouverne actuellement lItalie» et condamne «une pensée unique, un langage unique qui a, en prime, la palme de larrogance et de la vulgarité. Avec une seule, si voyante et peut-être irréversible absence: celle du sentiment de honte».
- Tiziano Scarpa, un ex- «cannibale».
- Francesca Sanvitale qui se demande «pourquoi les Italiens ne se révoltent-ils pas (
)devant le spectacle dun parlement où siègent des personnes mises en examen, défenseurs de personnages mis en examen, et même, pour certains dentre eux pour crimes mafieux (
)?».
- Giorgio Agamben, professeur de philosophie à Padoue, datant de 1994 mais qui déjà mettait en garde contre «un régime qui est de loin le pire quon puisse imaginer menace, lors des prochaines élections de prendre le pouvoir en Italie, une étrange paralysie semble sêtre emparée des intelligences (...)parce que ce régime a les moyens, en plus de lintention, dinstaurer la plus étouffante des dictatures médiatiques(...)».
- Mario Fortunato, directeur de lInstitut culturel de Londres qui voit actuellement le renouvellement de son contrat menacé qui déplore «la grande indifférence à légard de la réalité quotidienne».
- Bernardo Bertolucci, cinéaste, qui dénonce le «stupide tango de laudimat» et rappelle que «ces derniers jours, le ministre de la Justice a tenté de muter un juge pour annuler un procès où laccusé le plus connu nest autre que le président du Conseil(
)».
- Antonio Tabucchi, très présent dans la presse française, qui nous raconte ici un cauchemar issu en grande partie de la Rai et des media.
- Silvia Ballestra qui relate avec humour ses dernières interviews accordées à la presse française «en gros, je crois avoir dit ce quont dit tous les autres sur la justice, sur le conflit dintérêt, sur labolition des impôts sur la succession, sur les déclarations gênantes du nain chauve à propos de la supériorité de la culture occidentale, les balades inutiles et dépensières de nos forces armées en Afghanistan (
)» et rappelle quelle a dû quitter son éditeur Mondadori en 1994 parce quelle trouvait «gênant de devoir publier dans la maison du Président du Conseil(...)».
- Gianni Vattimo, professeur de philosophie à Turin et député européen qui met notamment en évidence «le quasi total désintérêt berlusconien pour toute la question européenne, qui, comme on a pu le voir récemment , ne devient importante pour lui que lorsque sont abordés les problèmes qui le préoccupent le plus, cest à dire ses affaires judiciaires encore en cours».
- Mario Luzi, poéte toscan, âgé aujourdhui de 88 ans qui regrette tout simplement vu son âge et «la longueur de sa carrière professionnelle et civique, de participer à un forum qui pose le problème de la démocratie dans mon pays», mais espère que cette confrontation «sera utile pour nous orienter, nous, citoyens italiens, et pour réveiller nos compatriotes de leur léthargie, du sommeil de leur raison».
- Luc Malerba qui constatait dés 1994 que Berlusconi «sest placé à la tête de la révolution des riches contre les pauvres (
) Ce quon ne comprend pas cest pourquoi il sest rangé du côté des riches, puisquil est très pauvre avec ses milliards de milliards de dettes».
«Le Monde» relate, pour achever ce supplément fort intéressant et dont la lecture est indispensable pour comprendre lattitude des intellectuels italiens à légard du gouvernement Berlusconi, trois rencontres à Rome avec des femmes écrivains engagées que sont Francesca Sanvitale, Elisabetta Rasy et Rosetta Loy, toutes désireuses dinstaurer en Italie un véritable débat culturel et inquiètes pour la démocratie italienne.
Enfin, lattention du lecteur est attirée sur Adriano Sofri, intellectuel italien, condamné en 1990 à 22 ans de prison pour des faits quil a toujours refusé dadmettre, acquitté en 1993 puis à nouveau condamné après cassation et incarcéré à Pise, qui a rédigé en prison De loptimisme.
La culture, est elle une marchandise?
(L'Italie et 60 de ses écrivains, invitée d'honneur au Salon du Livre)
Une inauguration bien mouvementée
(Le pavillon italienne occupé par des «communistes»)
L'Italie du refus
(Après son inauguration fracassante,
le Salon du livre se poursuit avec ses débats et ses auteurs...)
Bilan de la manifestation
(Le succès des auteurs italiens a pris les éditeurs par surprise)
Milano, 26 marzo 2002
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