Vert deau est un récit à deux temps. Lauteur nous raconte son enfance, son adolescence mais évoque aussi souvent le présent. Marisa Madieri nous fait revivre les temps heureux où enfant, elle retournait souvent dans la maison de sa grand mère Madieri à Fiume, en Yougoslavie "latlantide" de son enfance. Elle se souvient avec force de «lamour total et définitif» de sa mère doù elle tire aujourdhui sa force et qui avait «pour seul désir de vieillir au plus vite pour avoir le temps de lire des livres». Un tableau très sensible et plein damour nous est tracé par lauteur de sa famille. Les oncles, les tantes sont tendrement évoqués, de certains parents, Marisa Madieri fait en quelques phrases un portrait attachant et inoubliable comme celui de la tante Térésa dont «lenfant conçu dans la honte mourut très jeune» et qui conservait « une photographie de sa petite fille, aux couleurs passées et usée par le temps et par les baisers».
Mais à la fin de la seconde guerre mondiale, la Yougoslavie de Tito occupa et annexa des terres où vivaient des italiens comme lIstrie et Fiume et ce furent pour la famille de Marisa Madieri lexil et la pauvreté. Ayant choisi à ce moment là de rester Italiens, la famille de Marisa, un temps éparpillée pendant lequel la petite fille pleure «la mort de ses grands parents, lemprisonnement de mon père, léloignement de ma mère, lexil, la solitude, le manque de baisers, le trou de mes chaussures, je pleurai la fatigue de grandir et la peine dexister» sest ensuite retrouvée réunie à Trieste dans le sordide "silos" réservé aux réfugiés à peine arrivés en Italie jusquà ce quils soient relogés et dont Marisa a honte au point de ny inviter jamais aucune camarade de classe.
Elle nous décrit ses années si difficile où largent manquait cruellement et où même shabiller convenablement restait un véritable problème. Un des souvenirs les plus émouvants de ce magnifique récit est alors relaté par lauteur. Alors quelle était invitée à une fête chez une camarade de classe, Marisa se souvient avec tendresse que sa mère, ayant deviné ses pensées, avait alors porté au Mont de Piété son bracelet et sa pelisse en lapin pour pouvoir acheter à sa fille «une jupe évasée et un ensemble composé dun cardigan et dun jersey ras du cou...» que Marisa conservera jalousement des années durant. La couleur de cet ensemble «portait aussi le nom de vert deau, qui reste pour moi, aujourdhui encore, la couleur de lamour».
Mais Marisa Madieri évoque aussi tendrement ce qui remplit sa vie actuelle, son mari, Claudio Magris grâce auquel elle a «trouvé la voix et la force» pour défendre ses valeurs et «lentente toujours plus profonde» qui est la leur, leurs voyages. Elle jouit du présent entourée de leurs deux fils tout en sentant cependant peser sur elle un futur menaçant et angoissant avec «ce petit nodule que jai de nouveau découvert sur mon sein qui rappelle à mon souvenir lombre avec laquelle nous devons vivre. Toute vie porte en elle le germe de sa destruction».
Elle fait également modestement allusion à laide quelle apporte aux enfants «qui ont survécu en dépit des difficultés» et aux cours dinformatique quelle suit et qui remplissent son quotidien. Ce livre tendre et émouvant se termine par une postface poignante de Claudio Magris et lon comprend comme cela lui a été «difficile décrire cette postface» et de parler de celle «dont la disparition a mutilé la vie et dont la présence continue dêtre prégnante en toutes choses et à toute heure». Cest un livre profond, sensible, admirablement écrit dont la lecture est vivement recommandée.
A cura della Redazione Virtuale
Milano, 27 marzo 2002
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