ean Giono prévient tout de suite son lecteur quil nest «pas voyageur ..Pendant plus de cinquante ans, cest à peine si jai bougé», il était tenu par ses obligations demployé de banque quil nous décrit avec humour. Et puis, un beau jour, à lâge de 57 ans, un voyage en Italie lui devient nécessaire car cela fait maintenant plus de vingt ans quil lit et relit Machiavel et en souvenir de son grand père piémontais et carbonaro. Après quelques préparatifs auxquels nous assistons cest le départ en voiture (une 4 CV Renault décapotable) en compagnie de sa femme, Elise et dun couple damis. Giono a choisi de passer en Italie par le Mont Genèvre, car il déteste la mer ; «cet horrible papier de verre qui gratte les rochers, les corps et les âmes» et les «kilomètres de femmes à poil en train de sécher» et aime «les déserts, les prisons, les couvents».
Cest donc un récit de voyage que nous présente avec beaucoup dhumour lauteur, émaillé de souvenirs. Il nous décrit les nombreux paysages quil traverse en voiture, le Piémont puis le Tessin, la Lombardie où «les champs de riz deviennent plus vastes et les arbres plus rares» et les villes dans lesquelles il sarrête avec ses compagnons de voyage. Après Turin, quil compare à Marseille ; «Cest quelle a été capitale, et capitale avec roi et tyran tandis que Marseille na jamais été assujettie quà la tyrannie du commerce et du compte en banque», il arrive à Milan «où la chaleur et la lumière sont intolérables» pour se précipiter au Dôme quil trouve «agaçant avec toutes ses aiguilles» et qui selon lui «ne vaut pas un pet de lapin». Après une halte fraîche et une courte promenade dans Milan, les voyageurs poursuivent leur route jusquà Bergame quil trouve idéale comme décor de roman, puis Brescia où ils vont passer la nuit, «la patrie des femmes qui ont les plus beaux yeux dItalie». Là, ils sont tout surpris et honteux darriver en voiture, au fil des rues, jusque sur la place principale qui ressemble comme souvent dans les villes italiennes à une scène de théâtre sur laquelle semblent se déplacer doucement des figurants «quelle idée dentrer au théâtre, et jusque sur la scène en automobile ! Je voudrais me cacher dans un trou de rat». Ce genre de mésaventure nest pas rare pour les touristes motorisés, égarés dans le dédale des petites cités italiennes, il convient alors de se fondre le plus possible à lallure générale pour disparaître au plus vite de cet endroit qui semble sacré
Les voyageurs vont ensuite atteindre Vérone où lauteur qui navait «pas encore vu de peinture» se rend au Castel Vecchio voir la Madone de Stephano da Verone qui se trouve dans un adorable jardin de curé et rappelle à Giono les «prairies du Mont Viso» en pleine floraison de Juillet. Après Vérone et avant de gagner la mer, les voyageurs font une halte à Vicenze, «ville romantique
dominée dassez près par des collines de bois noirs» et enfin arrivent à Venise que «malgré Proust», lauteur «voulait laisser de côté», ce sont, nous explique t-il «les dames qui ont insisté pour y venir».
A Mestre, il faut que les voyageurs abandonnent leur voiture à Autorimessa avant dembarquer dans le vaporetto pour San Zaccaria. A Venise, Giono découvre que «les murs sont celles dun pays du Sud, où, au surplus, tout est provisoire, même le définitif». Il nous décrit avec humour, les jeunes filles anémiques de Venise qui vont boire du sang de buf chaud à labattoir, le petit Saint Antoine de Padoue que les ouvriers de larsenal, les marins, les femmes de toute condition ont constamment sur eux et qui préside aux choix que lon doit sans cesse faire dans la vie. Giono prend le temps dobserver et de relever des détails parfois surprenants, toujours intéressants ou de nous raconter des anecdotes ou encore de nous dresser le portrait fidèle du «Vénitien de vieille souche» comme sil lavait toujours fréquenté. A la description des monuments connus, Giono préfère nous entretenir des maisons découvertes ça et là, des rues obscures et des gens qui les peuplent. Les voyageurs repartiront par Padoue «propice à lintrigue» pour y admirer les fresques de Giotto dans la Chapelle des Scrovegni dont Giono nous décrit les couleurs et flâner devant la Basilique San Antonio, sur la Piazza del Santo «plateau de théâtre simulant un désert dErythrée», où lon vend des cierges. Après Padoue, direction Ferrare et le lecteur simagine alors sur les routes qui relient ces deux villes dItalie tant les détails fournis par Giono sont précis. Giono ne verra Bologne que deux heures de nuit avant daller dormir dans un hôtel miteux. Giono a toutefois eu le temps de constater que Bologne «ville rousse» avait «le monument aux morts le plus extraordinaire qui soit. Horrible mais parfait» consistant en un mur recouvert de noms, chaque nom illustré de la photo du mort. Ce monument émeut lauteur jusqu aux larmes quand il découvre un nom illustré par une photo de communiant. Giono trouve «les avenues et les ruelles de Bologne
froides quand souffle la bise des Alpes.»
Les voyageurs veulent ensuite rejoindre Florence et la Toscane par la route des Apennins tout en traversant des villages de haute montagne tel Loïano.
A cura della Redazione Virtuale
Milano, 7 giugno 2001
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